ALTER EGO - Sur la route n°1 : Maroc

Jésus revient parmi les siens à Séville

 

N'oubliez pas le CONCOURS sur la page suivante !

 


Il n'est pas facile de trouver une chambre payable dans la capitale de l'Andalousie. Après trois heures de recherche incessante et de marchandage, nous trouvons enfin une chambre à 25 euros.


Ici, trois lieux majeurs : l'Alcazar, la cathédrale et le musée des beaux-arts. Nous commençons par l'Alcazar, ancien palais arabe repris et agrandi par les chrétiens. La partie mudéjare est la plus importante. Elle a été réalisée par des artistes issus du royaume nasride de Grenade embauchés par des chrétiens fascinés par l'Alhambra. La subtilité du chef-d'oeuvre de Grenade fait place ici à une grandiloquence quelque peu tape-à-l'oeil, mais néanmoins impressionnante. Un bâtiment gothique décoré d'azulejos (carrelages émaillés) grotesques et de tapisseries la flanque. D'immenses jardins dans lesquels prennent place divers pavillons et fontaines achèvent l'ensemble. Nous y restons quatre bonnes heures.


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La cathédrale (la quatrième plus grande au monde) contient un retable colossal qui est considéré par les historiens de l'art comme la plus importante oeuvre du genre. Nous nous perdons dans le déchiffrage des innombrables scènes bibliques qui y sont sculptées. C'est décidé, nous nous lancerons dès que possible dans la lecture de la Bible. La mère de Fabian, qui vient nous rejoindre à Fès du 21 au 31 décembre, nous en apportera une. Les ensembles de marbre polychrome, la chapelle Renaissance, les custodes monumentales et les trésors artistiques en tout genre achèvent de nous fasciner. Nous reprenons nos esprits en montant au sommet de la Giralda (ancien minaret reconverti en clocher qui est le symbole de Séville) où un panorama nous donne à voir toute la ville.


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Au musée des beaux-arts, nous découvrons entre autre les toiles de Murillo, Zurbarán et Valdés Leal. Le thème de l'Assomption de la Vierge constitue le leitmotiv de la peinture sévillane du Siècle d'Or. Toutes les richesses volées aux Indiens d'Amérique et créées dans le sang de millions d'escaves arrivaient uniquement à Séville pendant plus de deux siècles. La ville occupait alors une place centrale en Europe.

 

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Le 8 décembre, c'est la fête de l'Immaculée Conception. Les Sévillans sont sur leur trente et un (style bourgeois ringard des années soixante) et nous réalisons à quel point ils sont confits de dévotion. Des files se créent dans les églises (la plupart sont superbement baroques) pour que les familles puissent baiser les mains des poupées géantes de la Vierge en larmes. Ces poupées sont en général assez sexy et l'envie nous prend de faire la file à notre tour pour leur rouler une pelle ou leur mettre la main au cul. Gageons que ces actes sacrilèges amèneraient la foule des bigots à nous découper en morceaux. Nous ne parvenons pas à comprendre comment une telle idolâtrie puérile est possible dans un pays où christianisme et dictature ont été les deux instruments de l'aliénation du peuple.

 

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Nous découvrons la Carbonería, le bar flamenco le plus réputé de la ville. Pour le prix de deux bières, nous assistons à une prestation viscérale et frénétique qui nous fait forte impression. La danseuse, le chanteur et le guitariste, en sueur, tiennent le duende et ne le lachent pas. ¡Olé!


 

Sur la pompeuse Plaza de España, nous observons des Gitanes qui tentent agressivement de dénicher des gogos qui acceptent leur branche de romarin afin de leur prédire machinalement leur avenir contre quelques euros. Pendant ce temps, des Gitans déployent des trésors de manipulation pour refourguer leur camelote, d'inutiles éventails “so typical !”.


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Nous partons à Cadix dans le but de nous reposer et nous abandonnons notre chambre en y laissant le corps et le sang du Christ (un immense paquet d'osties acheté sans le savoir chez des religieuses et un fond de bouteille d'immonde piquette espagnole).

 

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Publié à 08:06, le 22/12/2008, Seville
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A l'assaut de Cordoue

 


Nous arrivons surexcités à Cordoue au son de Metal Box de Public Image Ltd. avec, comme Minus et Cortex, l'obsession profonde de conquérir le monde. Et c'est reparti pour une mission “débarquement dans une nouvelle ville”.


Première étape : procéder à un interrogatoire serré auprès du réceptionniste de l'offisme de tourisme sans trop le brusquer (en effet, ils ont parfois une fâcheuse tendance à camoufler des informations et à nous déblaterer leur baratin préenregistré). But de l'opération : soutirer un maximum de connaissances stratégiques comme :


  • localisation de la pension la moins chère de la ville (pour nous éviter de devoir quadriller le secteur à pied avec nos sacs sur le dos). Pas évident car ils sont tenus à la neutralité et la liste des hôtels qu'ils distribuent est rarement complète. Pour donner une “bonne image” de la ville, les hôtels dits miteux ou de passe sont ignorés.

  • localisation d'un supermarché fréquenté par des autochtones.

  • localisation de l'université (s'il y en a une) et de la bibliothèque (l'accès Internet y est peut-être gratuit).

  • localisation des points Internet et téléphone tenus par des étrangers (souvent des Latinos ou des Pakistanais). Nous préférons éviter les cyber-cafés tenus par des Espagnols, qui offrent une ambiance et une décoration plus sympas, mais qui sont souvent beaucoup plus chers.

  • informations touristiques et culturelles ainsi que toute la documentaion gratuite qu'ils peuvent nous fournir et surtout si les sites touristiques sont accessibles gratuitement ou à un prix réduit certains jours ou certaines heures.


Après ce premier bras de fer dont le résultat dépend de notre ténacité (après tout, c'est un service gratuit...), armés de notre nouveau plan de la ville, nous partons à l'assaut de la cité.


Ensuite vient la partie la plus difficile de la mission durant laquelle un combat psychologique intense s'engage. Il faut économiser l'énergie ! Le mauvais sort peut déboucher de partout : informations stratégiques erronées, poids du sac, fatigue de marchander à toutes les adresses le prix de la chambre, marre de se trimballer et désir de plus en plus grand de se poser à n'importe quelles conditions...


Mission accomplie ! A 15h 45m 23s, nous tenons notre position dans le centre-ville. Pas peu fiers de notre victoire, nous prenons nos aises dans nos quartiers.


Résultats de la mission :


  • une chouette chambre sur la terrasse fleurie de l'hostal avec vue sur son patio et sur la ville à un prix raisonnable.

  • accès à Internet illimité et gratuit à la bibliothèque.

  • entrée gratuite tous les jours à la Mezquita-Catedral de 8h30 à 10h (une fois à l'intérieur, il suffit d'attendre 10h et ses troupeaux de Japonais aliénés pour avoir accès à toutes les parties du bâtiment).


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Nous considérons la Mezquita-Catedral de Cordoue comme l'édifice le plus extraordinaire que nous avons été amenés à voir (avec la basilique San Marco à Venise et Hagia-Sophia à Istanbul). Elle est tout à la fois un symbole fort, un lieu mystique et un bijou architectural. Quand nous y entrons pour la première fois, nous restons dans un premier temps littéralement bouches-bées par l'impression d'immensité renforcée par l'ambiance tamisée.



Au fil des siècles, une ébauche d'église gothique suivie d'une cathédrale baroque ont été ajoutées par les chrétiens au centre de la forêt de 850 colonnes de la mezquita. Ebahis par ce syncrétisme insolite, nous parcourons l'immense bâtiment (175 m sur 128m). Notre mutisme fait place à des descriptions incessantes. "T'as vu la Vierge en-dessous de l'arc arabo-musulman ! Et là, de la calligraphie coranique à l'entrée de la cathédrale..." Nous sommes soufflés et à la fois perdus par toutes les grilles de lecture que nous offre ce lieu.


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Durant une semaine, nous nous y rendons tous les matins afin d'approfondir notre connaissance du bâtiment et de comprendre son évolution. En 785, les conquérants maures, fraîchement arrivés dans ce qu'ils considèrent comme la capitale d'Al-Andalous, entament la première construction de la mosquée. Un recyclage de colonnes de marbre, de jaspe et de grès avec des chapiteaux corinthiens, wisigoths et égyptiens venus de divers lieux permet de créer une structure alignée et dépouillée. Elle sera agrandie au cours du temps dans un respect global de l'unité de style. Le mur de la qibla et le mirhab, véritables joyaux de mosaïques, ont été réalisés par des artistes venus de Constantinople (la seule ville capable de rivaliser en importance avec Cordoue à l'époque).



Pour certains, les constructions chrétiennes constituent une “verrue architecturale”, selon les termes de Théophile Gautier. Il est vrai que la cathédrale ne possède pas le génie de la mosquée et que des oeuvres d'art catholiques mineures parasitent l'ensemble. Cependant, en plus du fait que ces ajouts bien que maladroits apportent une originalité et une énergie subversive au lieu, ils ont permis la conservation d'une grande partie de l'édifice musulman qui aurait forcément été voué à la destruction dans un territoire aussi catholique. En 2006, les musulmans d'Espagne ont demandé au Pape de leur permettre de prier dans la Mezquita-Catedral, mais leur demande a éte refusée.


Cordoue se présente comme la ville des patios, un legs des Maures qui l'ont eux-mêmes repris aux Romains. La plupart des maisons de la vieille ville s'organisent chacune autour d'une cour centrale, séparée de la rue par une grille, carrelée d'azulejos et abondamment fleurie. Evidemment, en hiver, le patio perd un peu de son sens et il est difficile d'en profiter pleinement. Le tissu urbain de l'ancienne médina est composé d'un labyrinthe de petites rues aux maisons peintes en blanc et jaune. En nous y promenant, nous débouchons par hasard dans une rue fournie en bordels sordides dans lesquels nous apercevons par les fenêtres des putes pas toutes de la première fraîcheur qui attendent les clients avachies devant la télévision.


A contre-coeur, nous nous arrachons à notre obsession pour la Mezquita-Catedral et nous nous dirigeons vers la capitale de l'Andalousie.


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Publié à 10:52, le 14/12/2008, Cordoue
Mots clefs : Cordoue


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